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Une nouvelle interprétation de « Les Paravents » de Jean Genet crée le scandale sur scène

La mise en scène audacieuse d’Arthur Nauzyciel fait jaser

Un spectacle provocateur qui dérange et interroge

Les amateurs de théâtre et les adeptes de l’œuvre de Jean Genet sont servis avec la nouvelle mise en scène d’Arthur Nauzyciel des « Paravents » présentée à l’Odéon – Théâtre de l’Europe à Paris jusqu’au 19 juin. Cette pièce sulfureuse et poétique, écrite par Genet en 1961, continue de faire parler d’elle et de choquer, plus de cinquante ans après sa création. La question reste : cet « opéra coup d’état » (comme le décrit l’auteur) est-il toujours aussi scandaleux aujourd’hui ?

Une histoire d’alors, des résonances toujours actuelles

Des parallèles troublants avec notre société contemporaine

D’abord, replaçons l’histoire des « Paravents » dans son contexte. Écrite au début des années 60, cette pièce de Genet est alors à la fois une critique cinglante de la colonisation française en Algérie et une célébration de l’homosexualité et de la marginalité. Mais il serait réducteur de limiter cette pièce à une simple critique politique et sociale. En effet, la dimension poétique et symbolique de l’œuvre apporte des niveaux de lecture supplémentaires qui résonnent encore aujourd’hui.

Le thème de la révolution, omniprésent dans l’œuvre de Genet, est habilement traité dans « Les Paravents ». Les rôles de dominants et de dominés se confrontent, se retournent et finissent par se confondre, dans un mouvement perpétuel de révolte et de trahison. Cette remise en question des rapports de pouvoir, des normes sociales et de l’ordre établi ne peut que provoquer une certaine empathie chez le spectateur, en particulier dans le monde actuel où les mouvements sociaux sont de plus en plus nombreux et virulents.

Plus encore, la question de l’identité, centrale dans l’œuvre de Genet, est également explorée dans « Les Paravents ». L’auteur, qui lui-même se définissait comme un « patrimoine artistique », a créé des personnages complexes et ambigus, en quête d’une identité et d’un amour qui leur sont refusés par la société. Cette recherche d’identité, constante chez Genet, trouve une résonance particulière dans notre société actuelle où les questions de genre et de sexualité sont au cœur du débat.

Enfin, la solitude, l’un des thèmes les plus fréquents dans l’œuvre de Genet, est également omniprésente dans « Les Paravents ». Les personnages, rejetés par la société et en quête d’amour, errent seuls dans un univers chaotique et oppressant. Cette solitude peut être interprétée comme une représentation de la marginalité dans notre société, où les individus se sentent de plus en plus isolés et incompris.

Une mise en scène osée qui ne laisse personne indifférent

La dimension visuelle au service de la poésie de l’œuvre

Arthur Nauzyciel, metteur en scène de cette nouvelle version des « Paravents », a choisi de faire du théâtre un art total en intégrant des éléments visuels et musicaux à sa mise en scène. Les costumes, signés par Jean-Charles de Castelbajac, sont à la fois modernes et intemporels, donnant une certaine unité visuelle à la pièce. La musique d’Emilie Simon, composée spécialement pour la pièce, apporte une dimension émotionnelle supplémentaire et vient renforcer la poésie de l’œuvre.

Mais c’est sans doute la mise en scène de Nauzyciel qui divise le plus les spectateurs. En effet, le metteur en scène ne se contente pas de suivre le texte de Genet à la lettre, il y apporte sa propre vision et sa propre sensibilité. Les scènes de violence et de nudité sont amplifiées, au point de faire sortir certains spectateurs de leur confort. Mais c’est justement là que réside tout le talent de Nauzyciel : il ose choquer pour mieux marquer les esprits et faire réfléchir.

Cette mise en scène audacieuse a cependant été saluée par la plupart des critiques, et a reçu plusieurs récompenses depuis ses premières représentations à Avignon en 2018. La pièce est également accompagnée d’une exposition dédiée à sa création en 1966 par Roger Blin, qui apporte un complément intéressant et permet de mieux appréhender l’œuvre dans son contexte.

Un spectacle à voir et à débattre [h3]Des rencontres passionnantes organisées autour du spectacle

Pour accompagner cette nouvelle version des « Paravents », des rencontres et des débats sont organisés tout au long de la représentation. La rencontre « Genet, un théâtre du désordre », prévue le 6 juin au mk2 Odéon, rassemblera Arthur Nauzyciel et l’écrivaine Emmanuelle Lambert pour discuter de l’œuvre de Genet et de son impact sur la société actuelle.

Enfin, le spectacle est également présenté en partenariat avec l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine, qui s’attache à conserver la mémoire de la création théâtrale et littéraire du XXe siècle. Une belle occasion pour les spectateurs de prolonger leur expérience en découvrant des documents originaux liés à la création des « Paravents » en 1966.

En somme, la nouvelle mise en scène des « Paravents » par Arthur Nauzyciel offre un spectacle provocateur et puissant, qui suscite le débat et ne laisse personne indifférent. Cette pièce, plus que jamais d’actualité, interroge notre société et nos croyances, et nous invite à réfléchir sur des thématiques universelles telles que la révolution, l’identité et la solitude. A ne pas manquer pour tous les amateurs de théâtre en quête de sensations fortes et de réflexion.

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